L’écosystème agricole Ivoirien connait deux plateformes majeures de promotion agricole. D’un côté, le Salon International de l’Agriculture et des Ressources Animales et Halieutiques (SARA), initié et promu par l’Etat de Côte d’Ivoire. Et de l’autre, les Journées Nationales pour la Valorisation de l’Agriculture et des Ressources Animales et Halieutiques (JNVA), qui sont un évènement conçu et piloté par l’Agence pour la Valorisation de l’Agriculture (AVA).  

AVA est une structure non gouvernementale et à but non lucratif, conçue, créée, et dirigée par Madame Jennifer Ceres, la Productrice indépendante & Présentatrice de l’émission ‘’Brave Paysan’’, diffusée depuis plus de quinze ans de manière ininterrompue sur les antennes de la première chaine de la Radiotélévision Ivoirienne (RTI 1).  

Madame Jennifer Ceres est notre invitée dans cette interview. L’Ambassadrice de l’agriculture ivoirienne qu’on ne présente plus, a récemment été faite Officier dans l’Ordre du Mérite Agricole Ivoirien, par le Ministre d’Etat, Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural, au nom du Président de la République de Cote d’Ivoire, et élevée au rang de l’Ordre Africain de la Valeur, avec son Prix National, Eléphant d’Or 2020, par l’Organisation Panafricaine pour la Jeunesse Francophone (OPAJEF). Madame Jennifer Ceres nous parle de la dixième édition des JNVA, prévue du 17 au 21 novembre prochains à Yamoussoukro. Elle dresse également le bilan de sa décennie et demie d’actions au profit du monde rural.  

 

C’est au pied de la basilique que vous avez choisi de souffler la 10è bougie des JNVA ; un message particulier ?  

Bonjour, je vous remercie pour cet entretien. Je salue également tous vos lecteurs ainsi que tous les acteurs du monde agricole, particulièrement nos braves paysans et braves paysannes. Un message particulier ? Je dirai oui. Yamoussoukro est notre capitale politique, mais aussi la terre natale du père fondateur, le Président Félix Houphouët-Boigny. Nous savons tous la place de choix qu’il accordait à l’agriculture. Difficile également d’effacer de nos mémoires cette phrase culte de ce grand bâtisseur à savoir « L’économie de notre pays repose sur l’Agriculture » . Plus qu’une citation, il s’agit pour nous d’une instruction, d’un ordre de mission permanent. L’armature des JNVA s’inspire en réalité de cette philosophie. Et en novembre prochain, paysans, organisations de production agricole (OPA), structures d’encadrement, partenaires nationaux et internationaux, pouvoirs publics se retrouveront chez le père fondateur Houphouët-Boigny. Nous échangerons ensemble en toute convivialité et essaierons de trouver la réponse à l’équation de savoir « Comment améliorer la compétitivité des chaines de valeur afin de réduire la pauvreté et d’assurer la croissance inclusive tout en gérant les pertes post-récoltes », notre thème central pour les JNVA 2021.

  

Vous placez cette 10è édition sous quel sceau ?  

Je place cette 10è édition sous le sceau de la maturité. Voilà 10 ans que nous avons parcouru plusieurs régions de la Côte d’Ivoire pour apporter le bonheur à nos braves paysans, qui nous sont toujours restés fidèles. Il faut savoir que le paysan ne voit pas toujours ses mérites lui être reconnus. Donc, le simple fait de créer un cadre permettant, un rapprochement avec leurs administrateurs et leurs élites ; le fait de leur permettre d’échanger sur plusieurs jours avec les plus hautes personnalités de notre pays, est déjà un grand soulagement pour eux. Encore qu’outre le discours, les actions en leur faveur suivent plus facilement après, grâce aux JNVA.

  

Justement, en tant qu’interface entre le milieu rural et les instances de décision, quelles sont selon vous les attentes de nos agriculteurs ?  

Je vous remercie pour cette question pertinente. Je suis certes l’Ambassadrice de l’agriculture ivoirienne, cependant je ne pense pas que je sois l’interface officielle entre le milieu rural et les instances de décision. Néanmoins, pour répondre à votre question, je dirai que les attentes sont nombreuses. En premier, il faut considérablement améliorer le statut de nos braves paysans et de nos braves paysannes, de telle sorte qu’ils puissent vivre décemment du fruit de leur travail, comme c’est le cas pour les aysans dans les pays développés. Il faut aider notre agriculture à devenir leader mondial dans toutes nos productions agricoles. Nous en avons les potentialités. Il faut par conséquent mettre les atouts nécessaires afin d’obtenir le développement effectif d’une industrie mondialement compétitive de transformation locale de nos produits agricoles en Côte d’Ivoire. Il faut renouveler notre classe d’agriculteurs et trouver une relève à nos parents vieillissants et fatigués, qui ont tout donné et tout apporté à notre pays pendant des décennies. Et, pour ce faire, il faut réellement encourager les jeunes ivoiriens de tous bords à embrasser le travail agricole. En somme, il faut appliquer une politique de développement socio-économique axée sur l’essor d’un secteur agricole durable. Les défis sont en effet nombreux. Mais ce qui nous rassure en tant qu’agence leader de promotion de l’agriculture en Côte d’Ivoire, c’est de savoir que l’actuel Ministre d’Etat, Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural ait inscrit plusieurs de ces solutions suscitées dans son agenda et qu’il y travaille résolument. Nous sommes tout aussi confiants quand nous notons avec satisfaction l’implication active du Premier Ministre, Chef du Gouvernement, dans le secteur agricole.

 

Après dix ans d’efforts, l’Ambassadrice de l’Agriculture, Madame Jennifer Ceres s’estime-t-elle satisfaite de sa mission ?  

Oui, je suis satisfaite des résultats des JNVA. Il y a eu beaucoup de réussites, beaucoup de progrès. C’est notamment l’occasion de remercier toutes ces personnes physiques et morales qui nous ont toujours soutenus dans cette épreuve, depuis nos débuts. Je ne peux pas individuellement nommer tout le monde, mais je tiens tout de même à exprimer mes vifs remerciements à tous les braves paysans, à toutes les braves paysannes, à mes parents à travers  la Côte d’Ivoire, à nos leaders régionaux, à mes partenaires dans le secteur privé et public. Je remercie également mon équipe, composée de personnes formidables, parmi lesquelles beaucoup sont avec moi dans cette aventure depuis les débuts, c’est-à-dire plus de dix ans, malgré les difficultés. Nous sommes devenus une famille.

 

Quelles sont quelques exemples des actions réalisées par les JNVA après dix ans d’existence ?

Comme je le disais, les actions à mettre à l’actif des JNVA sont de plusieurs ordres et je ne peux pas toutes les citer ici. Les JNVA ont notamment permis l’octroi de bourses à plusieurs agriculteurs qui ont notamment pu se rendre au Maroc, en Chine, à Taiwan, en Israël… pour perfectionner leurs connaissances de la production agricole, afin de contribuer plus positivement à la compétitivité agricole de la Cote d’Ivoire.  Grâce aux JNVA, depuis 2009, une centaine de petites industries de transformation ont été créées et emploient plus de 1000 jeunes Ivoiriens, de manière directe, pendant qu’elles offrent également une source de revenu, de manière indirecte à plusieurs centaines d’individus.  
Les JNVA ont gracieusement offert le financement, mis en place la logistique, et réuni les experts nécessaires pour assister les paysans désireux de se regrouper en sociétés coopératives. A la suite de ces actions, les JNVA ont contribué à la création légale et mise en opération de plus de 500 sociétés coopératives qui contribuent plus efficacement au développement économique de la nation.

  

Êtes-vous satisfaite du bilan des JNVA ou pensez-vous que vous auriez pu ou dû faire mieux ?

Depuis leur lancement en 2009, les JNVA demeurent le cadre par excellence de rencontre dans le secteur agricole. Evidemment, je suis très heureuse de voir le bonheur que ces rencontres procurent à nos braves paysans et à nos braves paysannes. Je suis toujours émue de recevoir leurs félicitations et leur expression d’appréciation, de reconnaissance, et de remerciements. Je suis vraiment contente de ce que j’ai pu, jusqu’ici, apporter comme modeste contribution à la construction de notre secteur agricole, à travers les JNVA.
Après plus de 10 ans, c’est bien de faire une pause et regarder en arrière. C’est bien d’être contente de son bilan lorsqu’il a été si positif. Mais de manière générale, je dois avouer que je ne fais pas du tout dans l’autosatisfaction. Je suis dans le monde agricole par amour et par conviction. Et au regard des réalités de notre monde agricole, je sais que malgré toutes ces réussites notables, notre mission n’est pas terminée. Les chantiers de notre agriculture ivoirienne demeurent nombreux. A ce propos, nous aspirons à aller plus loin et à faire un peu plus les 10 prochaines années.

  

Nous sommes au terme de cet entretien. Avez-vous un dernier mot à ajouter ?

Je vous remercie ainsi que votre rédaction pour avoir pris le temps de m’inviter et de discuter à propos de la célébration de la dixième édition des JNVA. Cette 10è édition sera parrainée par le Ministère d’Etat, Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural. Elle sera par ailleurs présidée par le Conseil Economique, Social, Environnemental, et Culturel de la Cote d’Ivoire. Je vous attends tous à Yamoussoukro pour la grande fête agricole de l’année, prévue du 17 au 21 Novembre 2021.   

 

 

 

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